dimanche 10 septembre 2006

Je rentre, tu rentres, il rentre...

Non, ceci n'est pas un billet cochon.
Je veux parler du phénomène présent dans tous les esprits à cette époque-ci de l'année, et dont le nom est sur toutes les lèvres: la rentrée.

Bon, je t'aurais bien raconté ma rentrée au boulot, comment qu'il est beau mon nouveau cartable et les super feutres pour rétropro (ouais dans l'éduc nass on parle aussi le djeuns en raccourcissant plein de mots) que j'ai achetés, mais il se trouve que si je te dis tout en vrai comment ça s'est passé tu vas comprendre tout de suite où je bosse... et j'ai beau te révéler moult détails de mon intimité, je te rappelle que c'est quand même un espace anonyme ici (j'y vois d'ailleurs comme un lien de cause à effet), alors viens pas râler. En plus tu t'en fous au fond, de savoir si les 4°H sont plus chiants que les 4°K, et pourquoi j'ai déjà collé un rapport à un ptit 6° (putain, un 08 septembre déjà!, je bas tous les records...).

Alors on a la rentrée cinématographique mais là vraiment je suis larguée, la rentrée télévisuelle mais je m'en tamponne le coquillard, la rentrée musicale mais je suis à la bourre grave, la rentrée radiophonique mais ils ont coupé le sifflet à Mermet et chuis trop vénèr après France Inter (t'as signé la pétition?), bref, y'a plein de rentrées qu'on pourrait aborder, mais moi j'ai choisi de te parler de la rentrée littéraire.
Pas que je vais te faire un topo de tous les bouquins qui vont sortir et qu'il faut que tu lises (tu m'as pris pour Pivot ou quoi?), je vais juste te citer Christine Angot qui commente des extraits de son nouveau bouquin Rendez-Vous dans une interview des Inrocks qui parlent de la rentrée littéraire. Et ce qu'elle dit, là, c'est venu me chercher au fond de ma petite conscience bien lobotomisée après deux mois de vacances et de fêtes (véry alcoolizées), et depuis, ben je cogite.
Allez, cogite avec moi...

"Perso: Voilà Eric, j'arrête là. Je te le donne maintenant. Tu l'as. Tu l'as dans les mains. Je t'aime. Voilà je l'ai dit. J'ai la gorge très serrée en écrivant là pour toi. Ce que je suis en train d'écrire est uniquement pour toi. Ce paragraphe-là. C'est à toi que je parle. J'ai l'impression que tout se joue maintenant. C'est une clé, ce manuscrit, on en a tous un double. Dans quelque temps, n'importe qui pourra entrer dans une librairie, et avoir un double aussi, alors que je l'ai faite pour nous cette clé."
C'est la question de l'adresse. Vers la fin de Walk the Line, Johnny Cash chante sur scène avec June Carter, c'est magnifique: ils sont en public et il lui fait une demande en mariage. Sur scène. Il n'y a pas une chose plus privée et il la fait en public. C'est très émouvant et pas parce que c'est un scénario hollywoodien. En principe, ça se passe forcément entre quatre murs, forcément à deux, parce que ça met à nu, en danger. Mais le privé ça n'existe pas, deux ça n'existe pas, il y a forcément un tiers pas loin, le père, la mère, la femme de l'autre...
Au moment où vous vous engagez à dire quelque chose comme ça, vous sortez de ce qui a été prévu pour vous par les tiers et donc l'humiliation est obligatoire. Dans la parole privée l'humiliation est la règle. C'est pour ça que personne ne veut dire je t'aime en premier. Le génie du public, la trouvaille incroyable de l'art, c'est de faire rentrer comme tiers dans la parole intime non pas la famille, et donc l'humiliation, mais tout le monde. Je te le dis à la face de tout le monde: là il n'y a pas d'humiliation.
Quand vous avez quelque chose d'important et de difficile à dire, pourquoi est-ce que vous ne le dites pas? Parce que vous savez que vous allez donner à la personne à qui vous le dites le pouvoir de vous faire souffrir, de vous posséder, même si l'autre dit oui moi aussi. Et en plus si c'est pour dire à votre mère: voilà il se passe telle chose avec mon père, c'est pas possible, c'est fini. Et si vous allez voir les flics, c'est pareil, et Delarue c'est pas mieux. Tout ça c'est pas possible. Parce que tout ça bascule forcément dans un truc que je hais: la confidence. La parole vraie est immédiatement transformée en confidence par celui qui l'entend. Il n'y a que le public qui empêche ce truc-là, et ça c'est extraordinaire. Il n'y a pas de confidence possible si vous vous adressez à tout le monde. La littérature est un truc anti-humiliation. Ça ne sert qu'à ça.

Christine, j'ai pas tout compris à ce qui empêche l'humiliation dans le fait d'avoir un public, mais t'as mis en plein dans le mille... exactement là où ça pèche en ce moment.

Posté par lagirouette à 00:08 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Je rentre, tu rentres, il rentre...

    Ben moi je comprends pas non plus l'argumentaire ...
    Mais je suis contente que Mme Girouette reprenne la plume !

    Posté par madamedekeravel, lundi 11 septembre 2006 à 07:52 | | Répondre
  • Yesssssssssss !!!!!

    Tellement content de te revoir, que j'ai même pas pris le temps de tout lire (ce que je vais faire hein, t'inquiète).

    Comme quoi, la rentrée ça a du bon aussi.
    Allez courage, plus que quelques semaines avant tes prochaines vacances !
    (4 ? 5 ? 6 ? 'tain chuis jaloux !)

    Posté par Yojik, jeudi 14 septembre 2006 à 12:51 | | Répondre
  • bon ... tu as de nouveau disparu ...

    Posté par madamedekeravel, jeudi 21 septembre 2006 à 08:42 | | Répondre
Nouveau commentaire