jeudi 25 mai 2006

Un cri dans la nuit

C'est un bouquin de Mary Higgins Clark, que j'ai lu il y a des années. Je ne me rappelle même plus de quoi ça parlait. Ça doit être une belle merde, d'ailleurs aujourd'hui je détesterais sûrement. A l'époque, j'avais 15 ans.

C'est ce soir, aussi.

Où le déposer? A qui le dire? Comment le sortir?
Malgré tout, il était là, lui avant, dans ces moment-là. Et la petite fille qui cachait ses larmes et étouffait ses sanglots dans le noir l'émouvait. La pénombre de la chambre était le seul endroit où il m'entendait soudain et m'offrait le réconfort rassurant de ses bras et de ses mains douces et chaudes. Le seul endroit.
Mais au moins, il y avait celui-là.

J'ai couru toute la journée, pour eux. Cela fait 10 jours que je cours tous les jours. Pour dégoter les vêtements pour la semaine prochaine d'abord. Puis pour trouver les cartons. J'ai fait le tour de la ville deux fois ce soir, et deux livraisons.
Personne ne s'est occupé de la peinture. J'ai vu avec le voisin, nous sommes descendu à la cave pour récupérer ses vieux pots, et les miens. Pas de temps de pause, car il a fallu que je prépare ensuite tout ce que j'avais à leur distribuer. Plus le pointage pour le contrat de juillet. Et surtout ne rien oublier.
Je n'ai même pas eu le temps de manger.
Et lorsque j'arrive, ça fuse de toutes parts. Et là je dis stop, laissez-moi me poser cinq minutes, cramer une clope et boire un coup, je n'ai pas arrêté. Et elle qui dit: "Et ben, qu'est ce que ça sera le jour où elle aura un mec et des gosses?!"
Et ça m'a rongé le cerveau. Insidieusement. Je me suis consumée à petit feu toute la soirée, jusqu'à m'éteindre complètement. J'aurais voulu chialer, là, au milieu d'eux et leur dire: putain de merde, ma vie est dévastée. L'homme de ma vie m'a quittée, celui que j'aimais par dessus tout, celui qui était toute ma vie, ma famille, mon refuge, mon repère, le feu de mes reins, le flux dans mon coeur, ma quête, mon inaccesssible étoile, celui -le seul, lui, dont je voulais des enfants, est parti. Comme ça. En tirant un trait sur tout, et surtout sur moi, adieu. Parti, à jamais, et je t'en prie pas d'au revoir, crève dans ton trou miséreuse, tu n'es qu'un poids mort qui me pèse, sombre et surtout restes-y, LUI, il est parti. Et j'ai avais attendu, si longtemps.
Et elle qui dit: "Et ben, qu'est ce que ça sera le jour où elle aura un mec et des gosses?!"
Il s'est barré mon mec. Avec les gosses qu'il fera à une autre. Et j'ai attendu si longtemps.

Et quinze personnes te regardent.
Et tu gardes le sourire. Et tu as même un mot drôle.
Parce que tu ne pleures jamais devant personne.

Et enfin, enfin tu rentres chez toi, prête à exploser parce qu'en plus toutes les vitrines te rappellent que non, dimanche, ce ne sera pas la fête chez toi parce que tu n'as plus de mère (pleure, pleure, pleure petite égoïste; sais-tu combien de millions sont dans ton cas?... tu as trente-deux ans et donc plus aucune excuse... petite conne) et là tu trouves un mail de la meilleure amie de ta mère.
G.
G. qui a refait sa vie avec l'homme que ta mère avait épousé. Après sa mort ils se sont installés ensemble, pour "se consoler". Et personne n'a compris que tu ne pouvais plus les voir en peinture. Et personne n'a compris que tu ne pouvais pas accepter. Et tout le monde t'a reproché de ne pas écrire, et de ne pas être reconnaissante, et de n'être qu'une petite égoïste, égocentrique, qui ne pense qu'à son nombril, et qu'il n'y a qu'elle qui compte... et je vais exploser putain: le mari de ma mère avec la meilleure amie de ma mère. Celui que je considérais comme mon père avec celle qui a sauvé ma mère de mon père. Personne ne comprend le problème bordel?!?...
Non, personne ne comprend. Je n'ai qu'à fermer ma grande gueule de petite capricieuse.
Alors eux. Vingt ans qu'ils étaient ensemble. Et soudain ils se mettent à t'appeler. Ils se sont séparés. Lui. Il est parti. Avec une autre.
Et elle. Tu l'écoutes t'expliquer que c'est un salaud sans nom. Tu la consoles (qu'est-ce que tu veux faire?).
Et lui. Tu l'écoutes t'expliquer qu'il revit. Tu te réjouis pour lui (qu'est-ce que tu veux dire?).

Et ce soir tu voudrais tellement pleurer dans les bras de quelqu'un. Tu voudrais juste retrouver la pénombre de la chambre, pour pouvoir être la petite fille qu'on réconforte et qu'on rassure.
Mais tu n'as trouvé que ce mail.

Je ne veux pas t'ennuyer, je ne veux pas rentrer dans  des détails qui font mal, je n'ai d'ailleurs pour le moment pas envie  d'en parler, plus tard sûrement,  surtout avec toi, je ne veux blesser personne, mais par pitié girouette, n'envoie pas de chèque à ton beau-père pour un bouquet. Essaie de lire entre les lignes, la tombe de ta maman sera fleurie de ta part comme d'habitude, ne t'inquiète pas , j'ai préparé une petite composition, je porterai un bouquet, ta maman était mon amie, je n'ai rien oublié, je reste fidèle à notre amitié, surtout ne m'envoie rien à moi non plus, car je ne m'en servirai pas. Je t'embrasse

Alors c'est ici que je l'écris. C'est ici que je le crie.
Allez tous vous faire foutre.

Posté par lagirouette à 01:34 - - Commentaires [6] - Permalien [#]


Commentaires sur Un cri dans la nuit

    Qui a dit que l'on pouvait/devait tout comprendre, tout accepter, sans émotions, sans réactions ?

    Posté par arcadia, jeudi 25 mai 2006 à 11:06 | | Répondre
  • C'est la "sensibilité" des autres qui fait parfois qu'on les "aime" tant.

    Avec et sans guillemets.

    *merde*

    Posté par Fat Pig, jeudi 25 mai 2006 à 22:11 | | Répondre
  • Je me suis égaré ce matin, funambule de l'aquarium urbain...la toile s'est soudain ouverte et je me suis posé sur les mots, les votres...incroyable densité, l'émotion crue...vous dire qu'il n'est de plus bel écho...vraiment...je m'en vais dire à ce qui me sont chers combien je les aime parce qu'il est toujours trop tard, après...

    Posté par tabazan, samedi 27 mai 2006 à 11:02 | | Répondre
  • Tu as bien raison de crier ici, si ça te fait du bien.
    Et tu vois que tu cries pas dans le vide : y'a des oreilles qui t'écoutent, même si c'est des zoreilles en forme de zyeux.
    Et l'homme de ta vie, le vrai, je l'ai rencontré hier. Il cherche encore la femme de sa vie. Je lui ai conseillé de venir faire un tour vers chez toi. Il va bien finir par te trouver ! ! !

    Posté par madamedekeravel, lundi 29 mai 2006 à 08:39 | | Répondre
  • -> arcadia: Allez, surement Alfred de Vigny ou l'un de ses compères (adolescente, j'étais fan).
    -> Fat Pig: mais c'est qu'un de ces quatre je vais te tirer la larmette!... :p
    -> tabazan: Je n'aurais pas pensé qu'il serve à quelqu'un d'autre qu'à moi-même ce billet, mais tant mieux finalement.
    -> madamekeravel: Oh My God! J'ai un énorme bouton sur le nez, JUSTE AUJOURD'HUI! AAaaaaah!...

    Posté par la girouette, lundi 29 mai 2006 à 09:27 | | Répondre
  • Chiche !

    Posté par Fat Pig, lundi 29 mai 2006 à 16:16 | | Répondre
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