jeudi 2 mars 2006

A trip to London - Episode 1

DAY 1
Dans la navette qui m'amène à l'aéroport deux frères écoutent un lecteur mp3. Le plus petit chante (faux) et le dérangement probable qu'ils causent aux autres voyageurs les fait mourir de rire. J'ai envie de leur dire: "Continuez de nous emmerder s'il vous plaît" mais ils prendraient ça pour de l'ironie. Je me tais et jubile intérieurement.
A Luton il grèle et il vente. Je me brûle la langue avec le capuccino géant que je me suis hâtée de commander chez Costa avec mes devises toutes fraîches. J'aurais préféré un Starbuck.
En arrivant chez S. elle me montre avec fierté comment la criminalité à été réduite dans son quartier: une caméra sous le porche, deux dans le hall et une dans l'ascenseur. De quelle façon son discours et ces mesures seraient-ils accueillis si nous étions en France?
Nous traînons dans Hoxton et faisons la fermeture du Cocomo. Red wine and no nicotine, please.

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DAY 2
Heure locale. Dormi jusqu'à 11. Douche. Courses. Déjeuner. Sieste de 3 à 6:30pm. Un peu d'islandais. Apéritif. Kebab. L'obscurité de la chambre s'épaissit et m'oppresse au fur et à mesure que les cris sourds des voisins du dessous s'intensifient. Je ne supporte plus la violence verbale. Je sombre vers 11pm.

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DAY 3
Levée avant que S. ne parte au boulot. Ce n'est pas si mal de prendre son petit-déjeuner avec quelqu'un, finalement. Après avoir corrigé un paquet de copies, fait quelques courses, déjeuné et mis le repas du soir à mariner, j'attrape le bus 55 direction Oxford Circus. Il neige, mes bottes en peau ne sont plus imperméables. Au Body Shop on me propose un maquillage gratuit que je refuse. Quelle conne, j'oublie trop souvent que je suis une fille. Je repère un Starbuck sur ma route, commande un gigantesque chocolat liégeois et me laisse happer par l'un des deux fauteuils en velours que je suis ravie de voir se libérer près de la fenêtre. Un clochard entre, une 8°6 à la main, la peau du visage rougie et couverte de désquamations, la pantalon taché de deux coulures d'urine parcourant chaque jambe de la braguette jusqu'aux mollets. Il s'assoit sur le fauteuil en face du mien et bafouille un truc incompréhensible. Mon premier réflexe est d'appeler le serveur mais je me ravise. N'a-t-il pas le droit lui aussi de jouer les riches sur les Champs Elysées londoniens, à regarder le spectacle des touristes sous la neige et le vent, sirotant sa boisson bien au chaud dans son fauteuil douillet? Qui va l'en empêcher si la petite bourgeoise bien-pensante que je suis n'attire pas l'attention sur lui? Après son départ une petite mamie à l'accent posh me demandera le plus poliment du monde si je daignerais lui accorder qu'elle s'assoie en en face de moi. J'adore ce pays.
Le soir S. me demande de la rejoindre à son boulot. Je n'ai pas envie de quitter ma couette, ni Jonathan Coe, ni Goethe; j'ai surtout envie de contredire tout le monde pour leur faire payer mon manque de cigarette.
Dans le bus je tombe sur ce type absolument charmant qui semble ne pouvoir s'empêcher de me lancer des oeillades à la dérobée. Ça m'arrive parfois. Depuis le temps j'en ai déduit que je dois avoir quelque chose dans le visage, un je-ne-sais-quoi d'universel qui rappelle quelqu'un de familier à un certain nombre de personnes car ce ne sont jamais des regard aguicheurs, insistants ou séducteurs qui me sont lancés. Il y a toujours ce mélange de surprise, de bienveillance, généralement suivi d'un sourire si j'ai l'audace de les soutenir. Mais là le protagoniste en question était vraiment trop... craquant, et cette audace m'a fait défaut. Son sourire n'est resté qu'une tendre ébauche empreinte de gêne.
Comme dans les films bien sûr, lorsque je suis descendue à l'arrêt de bus, je suis partie d'abord, puis le double-decker rouge m'a dépassée, emportant avec lui le jeune homme au parapluie qui m'a suivie des yeux et s'est même retourné en me lançant un regard qui semblait dire: "Tomorrow?"...
A l'agence S. a mis la musique à fond et danse sur Madonna, elle attend son courrier pour quitter les lieux. Je relève mes mails. R. m'a écrit, encore. J'en suis heureuse, et ça m'agace.

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Posté par lagirouette à 16:30 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur A trip to London - Episode 1

    J'aime bien tes photos

    Elles sont floues et colorées, un peu comme je t'imagine d'ailleurs.
    J'aime bien la sixième.
    Elle me rappelle la scène finale de Fight Club, quand Durden/le Narrateur observe les immeubles, un trou dans la joue, avant qu'ils s'écroulent. Et on entend cette chanson, qui maintenant me fait toujours penser à ce film et aussi à toi : "Where is my mind ?"



    " Nous sommes les enfants oubliés de l'histoire, nous n'avons pas eu de grande guerre ni de grande crise. Notre guerre est spirituelle. La grande crise c'est nos existences ."

    Posté par Yojik, jeudi 2 mars 2006 à 19:03 | | Répondre
  • -> Yoj': et si vous êtes tous bien sage, vous me verrez peut-être bientôt floue et colorée, pour de vrai...
    Sinon, ravie que cette chanson des Pixies te fasse penser à moi.. euh, je dirais même, flattée *deuxième sourire à pleines dents*

    Posté par la girouette, jeudi 2 mars 2006 à 21:01 | | Répondre
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